Dimanche 31 janvier 2010
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18:00
Petite remarque liminaire
La violence est une réalité permanente de nos vies, de la manière dont nous gérons nos relations aux autres. Indéniablement, nous sommes devenus plus exposés à cette réalité, plus sensibles à ses
manifestations, avec des conséquences multiples, tant au regard des équilibres intimes que des modalités d’interactions sociales et de régulations citoyennes. Régulations et dérégulations en
rondes folles.
Parmi les différentes manifestations de la violence ambiante, l’une d’elles me
semble être à la fois particulièrement constante et pernicieuse, dans la mesure où elle est très socialisée, de ce fait, plus feutrée et moins visible. Que ses effets sur ceux qui en sont
victimes sont d’autant plus destructeurs qu’ils ne leur permettent que rarement de se penser victimes. Il s’agit de la relation d’emprise. Cette relation qui unit deux personnes dont l’une se
fait prédatrice de l’autre, l’enfermant dans le réseau inextricable d’un « double lien » faisant alterner de façon incompréhensible douceur et reproches, compréhension et
rejet, jusqu’à lui faire perdre toute prise sur elle-même. Jusqu’à en faire un objet méprisable à ses propres yeux, justifiant par là-même les dérives du prédateur.
De ces
relations, j’ai souvent été témoin, par ma position professionnelle. J’ai eu envie d’inventer une histoire, s’inspirant de différentes histoires. Les personnages ne sont pas beaux. Ils sont juste
humains. Je vous la livre, petit bout par petit bout, à la manière d’un feuilleton …. Je vais m’y attacher. Je demande votre indulgence !
Scène 1
Elle s’est arrêtée devant le miroir. Son regard erre sur le reflet de l’espace, derrière elle. Tout est parfaitement à sa place. La jolie table de salle à manger brille doucement. Les chaises
l’entourent comme il se doit. Les tableaux font des tâches de couleurs vives qui accrochent le regard. En arrière plan, un peu en contre bas, les coussins leur répondent.
Il est là. Vautré sur le large sofa bleu sombre. Forme indistincte dont n’émerge que
le contour clair du visage. Un beau visage carré, légèrement buriné, juste ce qu’il faut. L’air absent, il manipule la télécommande de la télévision, cherchant un reportage, une émission pour
noctambule, ou rien peut-être.
Elle se regarde enfin. Examine attentivement et sans concession sa poitrine menue
sur un torse d’adolescente, aux côtes un peu saillantes. Elle sait par cœur ses hanches étroites, ses jambes un peu courtes, cette silhouette de petite fille juste pubère qui lui a tant plu, il y
a trente ans, et qu’elle est si fière d’avoir retrouvée après quatre grossesses. Nier les grossesses, nier la femme, redevenir la petite fille qu’il avait élue. Elle s’attarde sur son visage.
Tout petit visage que les ans commencent à marquer. A peine encadré de mèches courtes aux blonds divers. Son dernier lifting date d’un an maintenant. Redonner leur tension à ces paupières que les
larmes trop nombreuses avaient rendues lâches. Pour retrouver l’or de ses yeux. Songeuse, elle passe un doigt le long de son maxillaire droit, tendant la peau, effaçant les ridules qui encadrent
sa bouche.
Il est immobile, tendu sans en avoir l’air. Concentré sur l’écran où il fait défiler
des images qu’il ne voit pas. Il sait qu’elle le regarde dans le miroir. Qu’elle attend un mot, une marque d’attention, même si c’est un reproche. Il sait qu’elle ne va pas tarder à laisser
échapper un léger soupir et dire « je vais me coucher » en se dirigeant vers leur chambre. Il lui faudra ensuite attendre un peu, le temps qu’elle s’endorme. Le portable vibre
discrètement dans sa poche, contre sa cuisse. Un texto. Le temps semble immobile. Il enveloppe la fébrilité de l’attente.
« Je vais me coucher
- Ok »
Son royaume. Son royaume pour quelques heures. Il s’inscrit dans la lumière glauque
du grand écran de l’ordinateur. Le halo de la petite lampe de bureau délimite l’espace avec précision, donne au clavier, au téléphone posé à côté, une présence aigue. Les contours de la petite
pièce s’estompent dans l’ombre.
Il procède avec ordre. Il est un homme d’ordre. Il suit chaque piste de façon
méthodique, tient ses fiches et ses dossiers à jour. C’est son secret. Etudier la cible, la tester, élaborer une première stratégie … et s’adapter sur ces bases aux évolutions de
l’action.
D’abord faire le point de ce qui est en cours. Ouvrir les deux messengers et les
trois sites qui sont ses terrains. Puis prendre les textos.
L’émotion monte comme à chaque fois qu’il s’apprête à
découvrir les trésors déposés là, juste pour lui, par ses gazelles.
La suite dimanche prochain …
C'est vous qui l'avez dit !