Cette année, je suis bien contente, le jour de ma fête ne rime plus avec Catherinette ! Je n’ai plus cette tentation de la transparence, soupçonnant dans chaque souhait ou presque, un ricanement vite maîtrisé, une arrière-pensée fugitive …. Et étrangement les ans passant n’y font rien !
Cette année, la journée est dédiée à la mobilisation contre la violence faite aux femmes qui s’exprime avec légèreté et impertinence dans la « journée de la jupe » ! Les suffragettes d’antan peuvent être sereines, l’esprit frondeur au féminin est bien vivant, le grand rire de Baudô aussi !
Cela me convient infiniment mieux.
Pourtant, pourtant …. Et loin de moi l’idée de nier la réalité du drame, il faut être d’un cynisme absolu ou profondément autiste pour affirmer ne jamais y avoir été confronté, soi-même ou d’autres, proches ou seulement croisées. Pourtant je ne peux empêcher cette sacrée petite voix de jouer sa partition, celle du paradoxe, peut-être jusqu’à la mauvaise foi. Mais le paradoxe n’est-il pas une des clés de la liberté ?
La violence étant au fondement même de la vie, peut-on imaginer que les femmes ne le soient pas ? Jamais violentes ? Jamais vivantes ? Juste objets peut-être, alors ….
Cela signifierait-il que les hommes sont violents …. Par nature, eux, donc vivants ? Nous nageons en pleine absurdité ! Une absurdité qui autorise tous les amalgames et interdit de cerner ce qui pourrait mener à une réflexion utile et suffisamment dépassionnée. Une absurdité qui ouvre la porte à toutes les manipulations, même les mieux intentionnées.
Je laisse de côté, bien entendu, les violences clairement associées à des pathologies mentales, ce n’est pas mon propos. J’ai envie de m’arrêter sur un truisme affligeant : la violence faite aux femmes, c’est un problème culturel ….. certes, bien entendu, comment pourrait-il en être autrement ?
Néanmoins, l’évidence n’est pas si lisse que ça et mérite qu’on s’y arrête une seconde.
Culturelle, la construction ancestrale du rapport homme / femme, ancré dans un partage des rôles et des tâches bien balisé et bien rôdé. Tradition très largement partagée, au-delà de la diversité de ses manifestations. Dans ce contexte, l’homme a au moins une obligation, un devoir, une mission, qu’importe le lexique et ses connotations : celui de protéger, de préserver.
De protéger la Femme, les femmes de sa vie, en fait les mères, la sienne, celles de ses enfants, les
futures mères de ses petits-enfants … superbe et glorieuse animalité et je le dis sans aucune ironie, tout comme j’assume et revendique l’animalité qu’il y a à mettre un enfant au monde.
Alors où est le problème ? Que désigne, qu’énonce cette violence faite aux femmes devenue si massive, si visible qu’elle mobilise et devient cause nationale ?
Un dysfonctionnement ….. je sais, les truismes sont comme tout, il ne faut pas en abuser ! tant pis, je continue ! et m’autorise un détour par les premières lignes d’un livre qui vient de sortir, L’homme expliqué aux femmes. Quel bonheur quand les premières lignes d’un livre vous percutent, quand vous les prenez en pleine figure !
« Où sont les hommes, les vrais, ceux qui
se tiennent droit, parlent en connaissance de cause, savent combler une femme et bercer un enfant ? […] Où sont ces doux rêveurs à la voix grave, ces découvreurs d’issues, ces guides
étincelants, ces crieurs de joies lentes ? Des hommes qui rient, tombent sous les charmes, bâtissent, inventent, s’enflamment et laissent déborder d’eux de nouveaux mondes, des trésors
d’émotions et d’ingéniosité.
Il parait que que les hommes, les vrais, sont des bipèdes en voie de disparition et que leur extinction est programmée par les suppôts de notre société « maternante » […] Il parait que les femmes ont eu raison de l’homme ; qu’elles ont réussi à en faire un mollasson efféminé en lui volant diaboliquement ses gosses, en lui coupant méthodiquement les couilles. »
Aïe ! Eve cache-toi ! Mais je reviendrai sur cet ouvrage …. Quand je l’aurai fini !
Néanmoins la perte de repères identitaires qui est mise ici en avant avec drôlerie pourrait bien avoir quelque chose à voir avec la violence en question ….. elle éclaire assez bien, je trouve
- Ces couples qui deviennent des espaces clos, privés d’oxygène, où la pensée de raréfie, laissant place à la violence, à toutes les violences
- Ce raidissement de trop d’hommes sur des positions anachroniques les menant d’une posture de protecteur à celle de possesseur, s’interdisant ainsi de rencontrer des femmes inscrites dans leur temps, assumant les acquis de leurs mères et grand mères
- Et puis aussi ces hommes qui renoncent, laissant les femmes seules quand elles ne voulaient qu’être reconnues.
- et puis enfin ces femmes, certaines femmes, qui jouent avec une ambiguité de bien mauvais aloi sur tous les éléments de dualité
Cette disparité dans la marche et l’affirmation identitaires des uns et des autres, explique me semble-t-il qu’il soit devenu possible de jeter une lumière aussi crue, aussi essentielle sur la violence faite aux femmes. Même si ce chiffre terrible de plus d’une femme tuée par son compagnon, par jour, dans notre pays tend peut-être (il est raisonnable de le craindre et d'être vigilent) à occulter les autres formes de violence qui mettent à mal les fondements mêmes de la personne.
Le tout est que cela ne devienne pas de bon ton.
Parce que, ce qui finalement me met assez mal à l’aise, c’est le fait que, parallèlement à cela, on ne semble disposer d’aucune étude, d’aucuns chiffres sur la violence faite aux hommes ….. Ce qui me ramène à ma mauvaise foi initiale : les femmes sont-elles, à ce point, évanescentes qu’elles ne sont capables d’aucune forme de violence ? Leur indigence physique face à la force herculéenne des hommes en fait-elle nécessairement des victimes ? Auquel cas, seule la violence physique, spectaculaire, mesurable serait-elle digne d’intérêt ? Ces mêmes données parfaitement digérées par la culture privent-elles les hommes de tous moyens de dénonciation et de défense, sous peine de n’être pas crus, d’être désignés à l’opprobre comme fossoyeurs de ce qu’il reste de masculinité ?
Je disais au début de ce post, qu’il fallait faire preuve d’une réelle cécité pour ne pas croiser le regard d’une femme subissant des violences quelle qu’en soit la forme. Croiser le chemin d’un homme souffrant de ce type de situation demande sans doute plus d’attention et pourtant … j’ai trouvé ce travail là intéressant, sonnant juste, je vous laisse juges.
Abattre les tabous de part et autre, détricoter les liens toxiques, réparer les uns, préserver les autres, demande d’être tous là avec les yeux grand ouverts et le cœur aussi !
Après tout en finir avec les Catherinettes est un très bon début ! Non mais !


L’été c’est des ailleurs, un sud fantasmatique que le soleil découpe en a plats de couleurs dures, dessinant l’ombre pour mieux sublimer leur violence vitale.
Merci de l'avoir dit