Lundi 11 mai 2009
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La parole est ce qui fonde l’humanité. Ce qui construit
l’humain.
Un enfant nouveau-né entre en
humanité par la parole. Pas la sienne ! Mais celles qui lui sont données. Celle de son père d’abord, qui le présente et lui donne une place dans la société, quelle que soit la diversité des
rituels. Sa mère vient de lui donner toute son animalité, sa vitalité fondamentale; son père lui donne son humanité en le nommant et en l’inscrivant dans sa filiation. Ou dans son absence de
filiation qui est alors nommée et explicitée.
Les mots qui lui seront offerts,
dont il sera abreuvé dans les mois qui suivent sont aussi nécessaires à sa survie que le lait qui nourrit son corps. Dans l’immédiate après guerre, une pouponnière anglaise a du faire face à une
mortalité très importante des nourrissons qui lui étaient confiés. Sa direction a fait appel à René Spitz, psychanalyste de renom. Après un temps d’observation, il a simplement demandé aux nurses
de parler aux bébés en leur donnant les soins. De leur parler et de les regarder, parce que la parole appelle le regard. Le taux de mortalité est revenu à un niveau comparable à la moyenne
nationale de l’époque, en peu de temps.
Les civilisations traditionnelles,
la nôtre il n’y a pas encore si longtemps, sont essentiellement orales, même lorsque l’écrit est maîtrisé. La parole, la parole donnée y fonde les relations entre les gens, définissant pour celui
qui la reçoit comme pour celui qui la donne, une place claire. Rien n’a besoin d’être consigné, la parole donnée est un engagement solide qui fait lien et obligation. Elle est le début de
l’action. Elle l’encadre, la structure, l’accompagne. En Afrique, un homme qui ne respecte pas sa parole est un « sous homme ».
Aujourd’hui, la parole donnée ne
s’incarne que dans l’instant où elle s’énonce. Trop souvent, très souvent évanescente et creuse.
Comme un vieux rituel détourné, elle
est instrumentalisée à des fins de séduction, de captation, d’aliénation de l’autre, là où elle était contractuelle et harmonisait des relations entre égaux. Il suffit aujourd’hui qu’elle soit
donnée. Qu’importe qu’elle soit tenue, qu’au dire succède le faire. Elle n’est plus chargée d’une intentionnalité au service du collectif, elle est opportuniste et sert
l’individualisme.
A ce jeu, c’est la confiance qui
s’effrite. La solitude qui s’installe. Celle des donneurs de paroles sans suite, surtout. De ceux qui oublient que le don de la parole est le seul véritable rempart contre la déshumanisation
latente qui guette nos sociétés post modernes, contre la barbarie toujours tapie.
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