Mercredi 12 mai 2010
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Publié dans : Hommage aux étoiles
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Le Centre Pompidou nous propose, jusqu’en juillet, d’entrer dans l’Atelier de
Lucian Freud. En cinquante toiles et quelques photographies. La polémique est immédiate, mais je ne relayerai pas les propos incendiaires parus ici et là !
Il est vrai que
l’homme n’est pas forcément sympathique. Il ne fait aucun effort pour lisser les aspérités de son personnage, pour être fédérateur ! Il a promené tout au long d’un siècle terrible, sa
silhouette de dandy, au plus près des évènements, mais semblant seulement les effleurer. Inventant son chemin entre un avant lourd d’idéologies et un devant évidé par un matérialisme consumériste
confinant au fétichisme, il semble être le point focal de son ascendance et de sa descendance, les reliant sans les lier. Métaphore vivante de ce présent antérieur.
L’œuvre, en tout cas dans son ultime manière, celle qui est présentée à
Beaubourg, demande aussi de faire taire en soi les à priori, de laisser les grilles de lecture acquises pour ce qu’elles sont, de renoncer à une « consommation » rapide, immédiate,
sensorielle ou simplement narrative. Elle est violente et nous amène, si on le veut bien, exactement là où on dit qu’elle n’est pas.
Peintre académique de l’obscène a-t-on pu lire. Voilà donc l’obscène
institutionnalisé ! Il est vrai que le nu, récurrent, omniprésent, n’est en aucune façon lissé, joli. Encore moins sublimé, métaphorique ou érotique !
Le nu chez Lucian Freud est un corps. Un objet dont il s’agit de restituer non
pas tant l’image – l’image est une représentation articulant la réalité physique et sa part d’imaginaire – mais la substance, la matérialité. Le
réalisme est sans concession, tendant vers la caricature sans s’y complaire. Aucune complaisance, aucune flatterie dans ce regard d’entomologiste !
Cependant, à bien y regarder, le réalisme brutalement affirmé ressemble à un
artifice de la pudeur. Les décalages légers, accumulés des différents éléments qui semblent autant liés qu’étrangers les uns aux autres, construisent un cadre sans ligne d’équilibre; dans ce
contexte, les représentations des personnages, tordues, distendues, sans être totalement caricaturales, laissent affleurer, juste sous les lignes de rupture, une vérité démasquée, celle de chacun
et de sa part singulière d’humanité.
Serait-ce cela finalement le summum de l’obscénité ?
Vous l'avez dit !